1 ALLOULA Malekil vient du ciel une eau de fougue
de déchaînement menant grand fracas
et s’abattant au-dessous d’elle
sur les enclumes raidies du sol
quand tout vibre de son chahut liquide
de ses boueux dévalements
aussi des remuements d’airs qui l’accompagnent
lui faisant chorus lui donnant
cette profondeur de gorge
propice aux déchirements des éclairs
aux tonnerres roulant leurs effondrements

cette eau du ciel nous chantions
jusqu’à l’enrouement pour sa venue
menant alors tapage de crécelles
tambourins sonnailles et bruits de gongs
en des processions criardes
sous les bannières ficelées de chiffons
aux couleurs de nos saints tutélaires
et nos proférations de prières
nos piétinements de convulsionnaires
mimant la ferveur la hâte la pamoison
sous l’astringente précipitation
l’extase enfin sous la fraîcheur
hélaient à la rescousse de notre soif
l’immémoriale soif de nos terres

Malek Alloula, Dans tout ce blanc, 2015

Editions Rhubarbe