8 BALDACCHINO AdelinesC’est dans la chair une autre voix qui souffle
des braises au bord des lèvres
un peu de peau mouillée
sous la torture lumineuse
attentive au devenir entier
sertie dans l’entre-écart de la parole
au monde, avide

Il nuite sous la chair à l’endroit de l’absence
il y fait presque mal
plus doux qu’à l’ombre qui fermente
dans le cœur empoigné par la nuit
mesuré par la mort
si loin
derrière ce qui fut

La mer a des langueurs impossibles
jurant dans le silence amour
d’autres écumes plus blanches
les miracles de la semence à plonger
dans le corps offert un effacement des cris
le long des traces
où la vie suintait

Mécaniques du désir
à recommencer le monde
il se pourrait que la peau
résiste encore à l’indifférence
et que lentement
les mains qui se cherchent
trouvent la dernière caresse

L’eau des perles et des phares chuinte
sous les os de l’impatience
on pourrait n’être plus rien
que cette attente invincible
au bord des fontaines où gicle
la solitude à grands jets de larmes
ou de gamètes

On sait n’être rien que ce rien qui ne sait
que cette enfance abolie cette mémoire
des fragments ce miroir levé dans la brisure
cet écrin du temps qui ne passe pas
ce bourgeon de printemps féroce
un éclat de mer dans le corps oublieux
de sa liberté furieuse.

Adeline Baldacchino, 33 poèmes composés dans le noir, 2015

Éditions Rhubarbe